Portrait de galeriste : Yves Laroche

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Quel a été l’événement le plus marquant de votre carrière ? 

Lors du crash immobilier en 1991, j’ai acheté un immeuble au coeur du Vieux-Montréal (coin St-Paul et St-Laurent). J’y ai déménagé ma maison d’édition et ouvert ma galerie en ce haut lieu historique. J’étais seulement le 3e galeriste à m’installer dans le secteur.

Pourquoi faites-vous ce métier ? 

Côtoyant le milieu artistique depuis 1978, le travail d’éditeur m’a amené à voyager et à participer à plusieurs grandes foires internationales. J’y ai petit à petit rencontré des artistes, marchands, galeristes, collectionneurs etc. J’ai ensuite commencé à collectionner et assez rapidement la grande passion s’est développée.

Quel est le style de votre galerie ? 

Au début des années 80, les oeuvres de Basquiat, Keith Haring, Kenny Scharf m’interpellaient plus que les autres. En explorant ce milieu, je me suis vite retrouvé à New York dans le domaine du graffiti. En même temps, le street art se développait à très grande vitesse partout dans le monde. Vers la fin des années 90, je fis la découverte d’autres courants intéressants d’art vivant comme le pop surréalisme, le manga japonais, les «outsiders», les bandes dessinées, les illustrateurs etc… 

Quel rôle jouent actuellement les foires marchandes d’art contemporain et comment voyez-vous ACPT trouver sa place dans cet éco-système?

Les foires attirent beaucoup de gens et de partout. Il y a un grand travail à faire en tant qu’exposant. Ceci consiste à faire adéquatement un travail de développement en utilisant notre expérience sur la connaissance des mouvements artistiques pour d’amener les nouveaux collectionneurs à se positionner. Les foires ne sont pas seulement pour vendre mais aussi pour construire des relations d’affaires solides. 

Montréal peut-elle devenir une plaque tournante significative pour les arts visuels et si oui comment se distinguera-t-elle?

Le Québec a une petite économie à l’échelle internationale, c’est pourquoi il faut bâtir des événements pour encourager le développement d’une vision mondiale parmi nos galeristes et collectionneurs. Montréal et l’ACPT peut jouer un rôle de plaque tournante seulement en offrant une diversité artistique et surtout un contenu personnel et authentique. L’ACPT n’a aucune prétention mais j’aimerais beaucoup voir cette petite foire se greffer à d’autres foires internationales. Avec internet maintenant, il n’y a plus de frontière, tout est possible!

Avez-vous une histoire d’amour avec un artiste en particulier ?

Non pas vraiment. Je me vois plutôt comme un père de famille qui n’a pas d’enfant préféré. Je les représente du mieux que je peux et cela même avec leurs caractères singuliers. Je les aime tous, je ne cherche pas d’histoires d’amours, je ne suis pas du genre groupie. 

Quelle est l’exposition que vous avez présentée dont vous êtes le plus fier ?

L’ouverture du nouvel espace galerie en 2010 au 6355 Boul. St-Laurent avec le collectif The Seventh Letter de Los Angeles était incroyable. Dix mille pieds carrés de street art avec Shepard Fairey, Push, Retna, Pose, Revok, Ron English, Clayton Brothers etc. Méga succès et surtout que l’année suivante, le MOCA (The Museum of Contemporary Art, Los Angeles) invitait tous ces artistes à l’ouverture de leur musée sous la direction du très réputé commissaire Jeffrey Deitch en 2011 pour l’exposition Art in the Streets, une première mondiale en ce qui attrait à une exposition de graffiti de cette envergure dans un musée. Sinon, l’exposition Égrégore en 2014, fut l’exposition dont je suis le plus fier, avec une cinquantaine d’artistes de partout au monde, l’apothéose était à son comble au point où les artistes venus de l’extérieur ne voulaient plus quitter Montréal. Les résultats ont retentis de partout, de sorte, que le musée La Halle Saint Pierre de Paris nous demandait les coordonnées de ces artistes pour les présenter en 2015. Performance inoubliable !

Anecdotes… 

Début des années 2000, on s’est fait volé à la sauvette, un très grand tableau de Riopelle.. Après un certain temps, notre réclamation chez l’assureur tournait au vinaigre, il nous offrait que 25 % du prix seulement. C’était une situation très difficile et ça mettait en péril nos opérations. Tout à coup, le téléphone sonne, c’était le sergent-détective Alain Lacoursière : « Laroche, vient vite me rejoindre! J’ai ton tableau. Il est sur la pelouse avec les voleurs. Pose pas de questions, ne les regarde pas. Prend ton tableau et fous le camp au PC.»  C’est la seule fois, que j’ai embrassé un policier. 

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Extrait du Livre Alain Lacoursière, Le Columbo de l’art de Sylvain Larocque

Crédit photo : José Enrique Montes Hernandez

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