Portrait de galeriste : Éric Devlin

Devant un tableau de François-Xavier Marange

Éric Devlin – Galerie Éric Devlin 

Quelle a été l’événement le plus important de votre carrière ? En quel année, avez-vous commencé ?

J’ai ouvert la Galerie Trois Points en 1988 avec deux autres partenaires, Elena Lee et Jocelyne Aumont. À l’époque, plusieurs galeries venaient de fermer leurs portes et plusieurs artistes se sont trouvés alors sans lieu de diffusion. J’étais journaliste scientifique à la pige et la galerie était mon bureau et mon passe-temps. Nous avons fermé cette entreprise en 1994 et j’ai alors décidé d’ouvrir seul ma galerie et de faire ce métier à temps plein.

Pourquoi faites-vous ce métier ?

J’étais avant tout un collectionneur boulimique. J’ai pensé qu’en ouvrant une galerie, je me calmerais et j’éviterais ainsi les frais d’une psychanalyse. Erreur fatale. J’ai juste aggravé mon cas.

Comment décririez le style de votre galerie ? Vos inspirations.

J’ai des goûts à la fois arrêtés et diversifiés. J’aime les œuvres construites comme celle de Guido Molinari, Ode Bertrand ou Claude Chaussard. J’aime également les artistes qui travaillent la matière et la couleur comme Marcel Saint-Pierre, Michel Beaucage ou Horacio Sapere. Le troisième et dernier axe, c’est le corps humain avec des artistes comme Louis-Pierre Bougie.

Quel rôle jouent actuellement les foires marchandes d’art contemporain et comment voyez-vous ACPT trouver sa place dans cet éco-système?

Depuis quinze ans, on a habitué le public à consommer la culture massivement lors de grands événements. C’est l’industrie des festivals. Les arts visuels n’échappent pas à cette tendance. On a de plus en plus de difficultés à attirer le public en galerie. Il faut donc les attirer dans des foires. Devant le succès de Papier, j’ai toujours affirmé qu’il faudrait maintenant créer une deuxième foire à Montréal, l’une à l’automne et l’autre au printemps. L’ACPT sera peut-être ce deuxième événement.

Montréal peut-elle devenir une plaque tournante significative pour les arts visuels et si oui comment se distinguera-t-elle?

Les arts visuels sont intimement reliés à l’argent. La plus grosse foire au monde a lieu à Bâle parce que la Suisse a su attirer des fortunes du monde entier avec son secteur bancaire occulte. La deuxième plus grosse foire est à Miami, ville où converge les fortunes d’Amérique du sud. Il faut être réaliste. Il y a une grande créativité à Montréal car c’est la ville la moins cher d’Amérique du nord. Il faut donc organiser des événements à notre dimension.

Avez-vous une histoire d’amour avec un artiste en particulier ?

Je suis heureux d’avoir encore des coups de foudre. Par exemple, il y a quatre ans, j’ai découvert l’œuvre de Ode Bertrand à Paris. Elle a 85 ans et je ne l’a connaissais pas ! J’ai organisé une exposition à Montréal afin de la faire découvrir au public québécois.

Quelle est l’exposition que vous avez présentée dont vous êtes le plus fier ?

Il y a en plusieurs. Mais un des plus beaux défis fut l’installation de Martin Müller-Reinhart dans l’église du Gesu. Il a érigé une œuvre mesurant 5 mètres de haut dans laquelle on pénétrait. La construction a coûté 25 000$ et les clients de la galerie ont financé ce projet.

 

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